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Pegmatites à lithium-césium-tantale dans les terrains d’âge archéen de la Province du Supérieur au Québec : vers une meilleure compréhension de leur genèse
Mercredi le 18 novembre 2026
Salle 403
Espace géologue
Depuis le boom de l’exploration du lithium, les connaissances sur les minéralisations associées aux pegmatites à lithium–césium–tantale (LCT) ont connu une progression rapide à l’échelle mondiale. Les avancées touchent désormais l’ensemble des composantes clés de la genèse de ces gîtes : la nature des sources métallifères, les mécanismes de transfert des éléments dans la croûte continentale ancienne, la géochronologie, la chronologie de mise en place par rapport aux épisodes de déformation, les contrôles structuraux favorisant leur emplacement, ainsi que leur signature géochimique et les processus pétrogénétiques associés.
Cette séance vise à faire le point sur les progrès récents en géosciences appliquées aux pegmatites LCT à travers la présentation de travaux de synthèse et d’études de cas intégrées. Elle mettra en perspective des exemples du craton du Supérieur au Québec afin de comparer les contextes géodynamiques, les styles de minéralisation et les modèles de mise en place. L’objectif est de favoriser une vision actualisée et comparative des processus contrôlant la formation de ces minéralisations stratégiques.
10 h 10
L’impact de la transition magmatique-hydrothermale sur l’évolution de la pegmatite à albite-spodumène de Mirage, Baie-James, Québec
Détails de la conférence
Le champ de pegmatites de Mirage, dans la région de la Baie-James au Québec, comprend plusieurs intrusions de pegmatite à albite-spodumène riches en tourmaline qui sont typiquement dépourvues de la zonation minéralogique macroscopique généralement observée dans les pegmatites. Dans cette étude, nous interprétons l’évolution de ces dykes à partir d’observations pétrographiques et de données de chimie minérale provenant du Dyke 6. Celui-ci s’étend sur environ 410 m latéralement et 417 m dans la direction du pendage. Son épaisseur moyenne est de 20 m et atteint localement 37 m. Le spodumène est présent dans l’ensemble du dyke, jusqu’à quelques centimètres des contacts avec l’encaissant. Contrairement aux textures généralement très grossières caractéristiques de nombreuses pegmatites, le Dyke 6 est constitué d’une intercalation de domaines aplitiques et pegmatitiques, dont la granulométrie varie de quelques dizaines de microns à plusieurs centimètres.
La distribution du spodumène sur pratiquement toute la largeur du dyke indique que le magma était déjà fortement évolué lors de sa mise en place et que la saturation en spodumène a été atteinte tôt au cours de la cristallisation. Des lentilles aplitiques à spodumène et des niveaux aplitiques dépourvus de spodumène sont présents dans l’ensemble du dyke et présentent couramment des contacts francs avec la pegmatite hôte à grains plus grossiers. Nous interprétons ces textures aplitiques comme le produit de deux épisodes d’exsolution de fluides. Un premier épisode, lié à la mise en place du magma, serait à l’origine des lentilles à spodumène, tandis qu’un épisode plus tardif, à l’approche de la transition magmatique-hydrothermale, aurait produit les niveaux dépourvus de spodumène. La tourmaline présente une zonation de croissance compatible avec une cristallisation fractionnée progressive, caractérisée par une augmentation des teneurs en Mn, Zn et Al et une diminution de la teneur en Mg. La transition vers les conditions hydrothermales se manifeste par une albitisation généralisée du feldspath potassique ainsi que par le remplacement du spodumène par la muscovite et la cookéite.
L’ensemble de ces observations appuie un modèle où le fractionnement du magma, la croissance minérale et la libération épisodique de fluides ont conjointement contrôlé le développement des textures internes et l’évolution de la chimie minérale des pegmatites de Mirage.