|
La maladie débilitante chronique des cervidés
La maladie débilitante chronique des cervidés (MDC) est une maladie qui, comme son nom l'indique, affecte les cervidés tels le cerf de Virginie, le wapiti, le cerf mulet et l'orignal. Actuellement, le Ministère n'a aucune indication selon laquelle la MDC puisse être présente au Québec. Cette maladie est cependant en expansion en Amérique du Nord. Depuis son apparition au Colorado en 1967, elle s'est propagée dans 18 autres États américains et deux provinces canadiennes, soit l'Alberta et la Saskatchewan. Près du Québec, quelques cas de MDC ont été détectés dans l'État de New York en 2005, mais aucun autre cas n'y a été décelé depuis.
|
Répartition nord-américaine de la maladie débilitante chronique des cervidés (MDC) en octobre 2011 (adaptée de U.S. Geological Survey. (http://www.nwhc.usgs.gov/) |
L'introduction au Québec de la MDC pourrait avoir des effets importants sur la santé des cervidés, sur les activités de chasse ainsi que sur le commerce local de cervidés ou de produits de cervidés. Les activités de surveillance et de contrôle de la maladie sont également très onéreuses.
La MDC est une maladie dégénérative mortelle du système nerveux central des cervidés. Elle fait partie de la famille des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), au même titre que l'encéphalopathie spongiforme bovine (la maladie de la vache folle), la tremblante du mouton et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, laquelle affecte l'humain. Ces maladies sont causées par un prion, soit une particule naturellement présente dans les cellules du système nerveux. Les prions qui causent les EST ont une conformation anormale et sont capables de transmettre cette anomalie aux prions sains. L'accumulation de prions anormaux provoque l'éclatement des cellules nerveuses.
Comment la maladie est-elle transmise?
On ne connaît pas avec certitude le mode de transmission de la MDC. Étant donné que le prion est présent notamment dans l'urine, les selles, la salive et le sang des animaux atteints, il est généralement admis que les principales voies de transmission sont les contacts directs entre les cervidés et la contamination par ingestion de prions présents dans un environnement contaminé par des animaux infectés. Le prion contagieux est très résistant et peut demeurer plusieurs années dans l'environnement.
Existe-t-il un risque pour la santé humaine?
À ce jour, les prions responsables de la MDC n'ont été reliés à aucun cas de maladie chez les humains. Cependant, par mesure de précaution, il est recommandé de ne pas consommer de produit provenant d'animaux que l'on sait infectés par une maladie à prions.
Comment reconnaît-on un animal affecté par la MDC?
Les signes cliniques suivants peuvent être présents chez un cervidé atteint de la MDC, surtout en phase terminale de la maladie :
- maigreur excessive et détérioration de la condition physique;
- salivation et miction excessive;
- tremblements subtils de la tête;
- tête et oreilles basses;
- position d'appui des membres élargie;
- pelage terne, pâle et hérissé (l'animal peut conserver son pelage d'hiver beaucoup plus longtemps qu'à la normale);
- agressivité, panique ou autre comportement anormal;
- léger trouble de la coordination des mouvements.
|
|
Cerf de Virginie amaigri par la MDC.
(photo fournie par Dr. Terry Kreeger, Wyoming Fish and Game Department) |
Jeune wapiti adoptant une posture typique des derniers stades de la maladie (tête et oreilles basses, position élargie des membres). (photo fournie par Dr. Terry Kreeger, Wyoming Fish & Game Department) |
Puisque les manifestations physiques de la maladie surviennent généralement de 18 à 48 mois après que l'animal a été infecté, un cervidé peut être porteur de la MDC sans présenter de signes cliniques.
Comment peut-on avoir l'assurance qu'un cervidé n'est pas atteint de la MDC?
Pour le moment, seule une analyse post mortem des tissus cérébraux et lymphatiques de l'animal permet un diagnostic efficace de la maladie.
Certains États et provinces offrent aux chasseurs la possibilité de faire analyser la tête du cervidé qu'ils ont abattu afin de déterminer si l'animal était atteint de la MDC. Dans certains secteurs des États ou provinces où la maladie est présente, ce test peut même être obligatoire.
Il n'existe aucune indication que la maladie est présente au Québec (voir Les cerfs québécois sous observation) ou à proximité (voir plus haut la carte de la répartition nord-américaine de la MDC). Ainsi, pour l'instant, le Ministère n'offre pas aux chasseurs la possibilité d'analyser les cervidés apparemment sains abattus à la chasse pour déceler la MDC. Cependant, si vous constatez que le cervidé que vous avez abattu présente un ou plusieurs des signes cliniques mentionnés plus haut, communiquez rapidement avec les services à la clientèle : des spécialistes évalueront la pertinence de soumettre l'animal abattu à des analyses, notamment celle pour détecter la MDC.
Comment la maladie se propage-t-elle?
Les connaissances actuelles relatives à la MDC indiquent plusieurs voies par lesquelles la maladie pourrait s'introduire au Québec. Les principales sont :
- l'importation de cervidés d'élevage vivants infectés;
- l'importation de carcasses ou de parties de carcasses de cervidés sauvages infectés;
- la migration transfrontalière naturelle de cervidés sauvages infectés;
- l'importation de produits dérivés de cervidés infectés.
Une fois introduite, la maladie pourrait éventuellement se propager des cervidés sauvages à ceux d'élevage et vice-versa. La propagation de la maladie semble plus rapide dans les zones où l'on trouve des concentrations élevées de cervidés, par exemple dans les élevages et sur les lieux de nourrissage et d'appâtage.
Comment peut-on prévenir l'introduction et la propagation de la MDC?
Il n'existe aucun traitement ni vaccin connu pour les maladies à prions. Une fois la MDC introduite dans la faune sauvage, il est extrêmement difficile de l'en éliminer.
À partir du 1er janvier 2012, il est interdit d'importer ou de posséder des carcasses entières ou toute partie du cerveau, de la colonne vertébrale (et de la moelle épinière), des ganglions lymphatiques rétropharyngiens, des yeux, des amygdales, des testicules et des organes internes (rate, foie, c?ur, rognons, glandes mammaires, vessie, etc.) de cervidés abattus à l'extérieur du Québec. Chez les cervidés atteints de la MDC, les prions pathogènes se concentrent dans ces organes.
Les pièces anatomiques suivantes peuvent néanmoins être rapportées au Québec :
- viande désossée ou quartiers sans morceau de colonne vertébrale ou de tête attachée;
- peau et cuir dégraissés ou tannés;
- bois sans velours;
- calotte crânienne désinfectée, sans viande ou tissu attaché;
- dents sans viande ou tissu attaché;
- toute pièce montée par un taxidermiste.
Le Ministère recommande également aux chasseurs et à la population en général d'adopter les pratiques suivantes :
- Évitez d'employer des leurres contenant de l'urine naturelle ou d'autres fluides corporels de cervidés; ces produits peuvent potentiellement contenir le prion infectieux. Optez plutôt pour des leurres synthétiques. Si vous choisissez d'utiliser des produits à base d'urine ou de fluides naturels, choisissez ceux qui proviennent du Québec et, si possible, qui ont été récoltés dans des élevages inscrits au Programme de certification relatif à la maladie débilitante chronique chez les cervidés (voir la liste des exploitants inscrits au programme).
- Évitez de nourrir et d'appâter les cervidés; les rassemblements artificiels occasionnés par ces activités augmentent les contacts directs (animaux-animaux) et indirects (animaux-environnement), ce qui favorise la transmission de la MDC et d'autres maladies. Si vous appâtez à des fins de chasse, limitez la durée de la période d'appâtage.
- Informez rapidement les services à la clientèle du Ministère si vous observez un cervidé sauvage présentant un ou plusieurs des signes cliniques mentionnés plus haut.
- Si vous chassez à l'extérieur du Québec :
- Évitez de chasser à proximité et dans les secteurs où la MDC a été détectée (voir plus haut la carte de la répartition nord-américaine de la MDC).
- Si les autorités de l'État ou de la province où vous avez abattu un cervidé vous informent que ce dernier est atteint de la MDC, veuillez en aviser les services à la clientèle du Ministère.
- Notez que 37 États américains et deux provinces canadiennes (Manitoba et Ontario) interdisent aux chasseurs l'importation, la possession ou le transport de certaines parties de cervidés sur leur territoire. Si vous devez traverser certains de ces États ou provinces, informez-vous auprès des autorités compétentes.
Les cerfs québécois sous observation
Il est primordial de détecter rapidement l’introduction de la MDC au Québec afin d’augmenter les possibilités d’élimination de la maladie et de limiter sa propagation, tout en réduisant les coûts associés à ces interventions.
Ainsi, depuis 2007, le Ministère réalise, avec la collaboration du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, un programme de surveillance des cerfs sauvages dans les secteurs les plus à risque pour l’introduction de la MDC, soit dans l’extrême sud du Québec. Le programme est essentiellement basé sur la collecte et l’analyse des cerfs de Virginie victimes d’accident de la route. D’octobre 2007 à septembre 2011, 3 205 cerfs de Virginie victimes d’accident de la route ont été analysés pour la MDC et aucun cas n’a été détecté.
Dans le reste de la province, le risque d’introduction est considéré comme moins élevé. Par conséquent, la surveillance y est moins intensive. Les spécimens analysés sont des cerfs saisis par les agents de protection de la faune à la suite de braconnage ainsi que des cervidés montrant des signes cliniques pouvant être associés à la MDC. Bien que ces derniers soient peu nombreux, ils constituent une priorité en ce qui concerne l’échantillonnage puisque cette catégorie de spécimens présente une probabilité plus élevée d’être infectée par la MDC.
 |
Répartition des cervidés sauvages analysés entre octobre 2007 et septembre 2011 dans le cadre du programme de surveillance de la MDC. |
Rapports
- Stratégie québécoise sur la santé des animaux sauvages - Surveillance des maladies de la faune - Rapport annuel 2009 (Format PDF, 7 Mo)
- Stratégie québécoise sur la santé des animaux sauvages – Rapport des activités de surveillance – 2008 (Format PDF, 4,32 Mo)
- Programme de surveillance de la maladie débilitante chronique chez les cervidés sauvages du Québec. Évaluation de la méthode utilisant les cerfs victimes d’accidents routiers pour la période du 1er octobre au 21 décembre 2007 (Format PDF, 1,53 Mo)
Liens utiles
|